| La réalisation d'un rêve 9 Nov. 92, 15h00 La camionnette s’arrête, le chemin se termine. Nous sommes à 4600 mètres d’altitude. De mes sept compagnons, nous sommes maintenant quatre, l’excédent de poids, la nicotine, le manque de volonté ont eu raison des autres. Une excellente condition physique s’impose pour s’aventurer au-dessus de 4000 mètres. Maintenant deux heures de marche nous séparent du refuge. La montée se fait lentement, très lentement. Le souffle court, chargé comme des mulets nous montons pas à pas dans ce paysage lunaire. Le refuge du Cotopaxi se situe à 4800 mètres d’altitude et surplombe un immense plateau où habite ; troupeaux de chevaux sauvages, renards andins et condors. Nous sommes en Équateur depuis 3 jours. Une brève acclimatation dans la région d’Otavallo au nord de Quito et nous voici en train d’escalader le Cotopaxi, un magnifique volcan, le plus haut en activité sur la planète. 10 Nov. 92, 1h00 Debout tout le monde c’est l’heure de partir. Il fait très froid dans ce refuge, impossible d’y dormir. Jean-François décide de ne pas aller plus haut. Plusieurs mois avant le début de l’expédition nous nous étions mis d’accord afin de respecter la décision de chacun d’arrêter, de ne pas aller plus loin. Nous partons, nous montons doucement dans la moraine au milieu de la nuit. 4900 Mètres Christian n’en peut plus, il tousse terriblement, beaucoup de volonté mais une très mauvaise toux due à l'altitude a eu raison de mon copain d’entraînement depuis les septs derniers mois. Nous arrivons au glacier, quelques minutes pour enfiler les crampons et de se mettre en cordée, nous repartons. C’est une nuit de pleine lune. Sur le glacier, deux cordées avancent tranquillement dans la nuit. 5500 Mètres Nous longeons une immense crevasse et je me prépare à traverser un pont de glace quant à ce moment Jean décide d’arrêter. Nous sommes à bout de souffle, je n’essaie pas de le retenir. Nous ne sommes plus que trois : Yvan notre guide de montagne équatorien, Michel note guide de voyage et moi. 5700 Mètres Le soleil se lève. Une pause est de rigueur. Le soleil perce doucement l’horizon, les rayons du soleil dansent sur les nuages en bas de nous, c’est un tapis de soleil. La couleur de la lumière change à toutes les secondes. Mes yeux ne suffisent pas pour tout voir, tout vivre. Je reprends mon souffle. 5800 Mètres Michel est malade, son souper n’ira pas plus haut. Après quelques minutes à ma grande stupéfaction il se dit prêt à continuer. Nous entrevoyons le sommet, nous sommes si près du but. Après avoir franchi un col étroit nous attaquons le dernier droit, la dernière verticale devrais-je dire. 5897 Mètres Enfin le sommet ! Quelle euphorie, j’en pleure de joie. Nous sommes là au milieu de l’horizon, très loin au-dessus des nuages, à vivre cet instant sans dire un mot, il y a de ces moments qui ne se partagent pas. Je contemple les autres sommets des Andes : le Chimborazo, los Ilinisas, le Cayembe, le Tungurahua, L’Antisana, des noms qui représentent d’autres rêves, d’autres aventures. Pour tout dire, je ne suis jamais vraiment redescendu de cette montagne. Depuis, je suis retourné plusieurs fois en Équateur pour l’escalade et la randonnée en montagne, c’est mon lieu de prédilection. C’est précisément lors d’un des ces voyages que l’idée d’organiser des expéditions pour gagner ma vie est devenue incontournable. Là était mon destin. Félix Godard Accueil Qui suis-je? Modalités Galerie de photos |